Conte créole

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

Il y avait deux rats autrefois
L'un demeurant dans les bois,
L'autre demeurant en ville.
Ce dernier vint inviter
L'autre, pour qu'il vienne dîner
Avec lui. Il répondit : « Moi
Va venir, vous pouvez être tranquille. »
Ce jour-là, il vint en ville,
Il arrive. Voilà que le rat
Le mène dans un placard
Où les gens serraient
Beaucoup de toute sorte de bon manger.
Il y avait du calalou,
Du couliroux frit dans du saindoux,
Un superbe tonton-banane,
La morue rôtie dans la cendre,
Des avocats avec de la farine,
Des aloses, des maquereaux, des sardines,
Et un ragoût de cochon
Qui sentait bien bon.
Pour dessert ils avaient
Confiture de patates, pain maïs
Et un bol de riz doux,
Un boule de gigiri1 et puis lous1
On n'a jamais vu d'aussi bon canari2
Que celui que les rats avaient !
Rien ne manquait,
On avait envoyé au plus près
Chercher une calebasse de tafia3
Pour décoler mabouia4.
A présent ils commencent
Le métier sans rire et sans parler.
Quand ils étaient à table, voilà
Qu'ils mangeaient la soupe,
Un valet ouvre le placard,
Ils rentrent dans un trou : floupe !
Quand le valet eut foutu le camp,
Le rat de ville dit : « A présent
Tant mieux le valet est parti,
Mangez vite pour finir
Le diner, bien comme il faut,
Remplissons notre ventre avant qu'ils
Viennent nous faire peur encore. »
L'autre lui répond : « Je veux mourir
Si je fais ça; que mon Dieu
Me punisse si je viens
Pour manger encore ici.
Je préfère manger de la banane
Cuite dans du sel plutôt, vous entendez (ou tanne).»

Nègres des habitations, ne cherchez pas
Les nègres de la ville à fréquenter.

Important : "Conte trouvé et retranscris tel quel"

Etonnant non, comme la  morale n'a plus rien à voir avec celle de notre ami La Fontaine ????